muse ... hic
muse ... hic
Messiaen entendu par un ignare moderne
En écoutant Messiaen, j'ai réalisé que mon éducation musicale n'était que peu évoluée. J'ai dû m'arrêter en route, quelque part entre "la petite musique de nuit" et "Lacmé", ou serait-ce plus tôt, peut-être au "Sapiens Philharmonic Silex Orchestra"? Je ne sais pas. Bon, mais passons outre mes préférences tribales, et consacrons nous à l'oeuvre du maître. Car maître il y a! (ou il y a eu) Certainement, il a du exister un être humain (mais était-il humain pour concevoir un tel ouvrage?) qui ait pu orchestrer une telle oeuvre de façon à ce qu'autant d'instruments jouent tant de fausses notes en même temps, que cela ressemble à de la musique. Je ne saurais le dire, car je n'y connais que trop peu. En tout cas, cette musique (car il faut bien attribuer cette définition à ces sonorités) ne laisse pas indifférent.
Je ne fus pas étonné de découvrir des sons cacophoniques en entrant dans l'auditorium. Ma dulcinée me rassura aussitôt en m'expliquant que l'orchestre accordait ses violons, que ce n'était que la période d'échauffement comparable aux balles échangées avant un match de tennis. Des notes de mises en condition, en quelque sorte. Ceci dit, les sonorités touchant mes tympans ne laissèrent présager rien de bon, mais, étant optimiste de nature, je laissait briller une lueur d'espoir dans mon esprit, donnant le bénéfice du doute, en question d'échauffement, à la formation orchestrale du nouveau monde.
L'arrivée du chef d'orchestre fut précédé par celle du Premier Violon et l'extinction des lumières de salle, qui elle précéda l'extinction de la lueur d'espoir que je nourrissait en vue d'une douceur acoustique, tendre et mélodieuse, telle les sons musicaux des symphonies d'antan. Mais dois-je être vieux et ringard pour ne pas apprécier ce chef d'oeuvre architectural de musique contemporaine. Inculte et barbare arriéré, celui qui ne manifeste extase et contemplation divine face à ce bijoux de technicité auditive. Même les hauts dignitaires de la société, mélomanes ou "mél-ignares", s'émerveillent devant ces sons qui les dépassent. Supersonique en quelque sorte! L'expression de leurs émotions est plus rapide que leur compréhension de l'oeuvre, telle est la réelle vitesse du son.
Néanmoins, la différence entre le "match" et l'échauffement ne fut pas énorme. Certes, une certaine harmonie était décelable, le chef d'orchestre dirigeait et les sons furent produits par les musiciens qu'il désignait. Et même si plusieurs d'entre eux furent choisis en même temps pour produire des sons divers, les notes jouées sonnèrent harmonieusement tordues. Mais arrêtons là l'humour mesquin et bon marché et rendons à Messiaen ce qui lui revient de droit (les tomates? non!). En lisant le recueil d'explication accompagnant le concert, on se rend compte que l'oeuvre en soi est recherchée. Ceux qui veulent comprendre devront la lire, car je n'ai nulle envie de la transcrire, je ne l'a pas lu, ma dulcinée me l'a expliqué, je n'y aurai rien décelé de compréhensif à mes oreilles. Cette musique est technique, mathématique, calculée. Cela représente donc un certain travail de la déchiffrer. Un labeur considérable, pour une oreille non entraînée et un esprit non initié. Seuls certains "mélophiles" avertis et très doués peuvent comprendre et vivre (sentir, vibrer) ce que le maître a voulu y mettre. D'autres feront semblant d'apprécier, d'admirer l'inadmirable, mais que ne ferait-ils pas pour être "dans le vent moderne" de la haute société!? Mais un esprit simple et non préparé musicalement (techniquement) à cette oeuvre, la vivrait comme une épreuve préparatoire au purgatoire, laissant derrière elle tympans percés et esprits tordus ainsi qu'une aversion profonde de la musique contemporaine.
Donc néophytes et mélomanes en quête de détente et de délectations auditives harmonieuses, tournez-vous plutôt vers les chansons populaires et autres musiques dites "classiques"; Messiaen n'est en rien comparable au Messie de Haendel.
Néanmoins, outre les phénomènes acoustiques produits par les formations musicales des grands ensembles de ce monde, le spectacle visuel des principaux protagonistes reste en soi un délice pour l'oeil critique et ironique de l'initié aux sciences de l'observation. La modestie que dégagent le chef d'orchestre, le pianiste et l' "ondulatrice" de Martinot nous relègue au rang de sous-rien, laissant entre eux et nous, communs mortels, un fossé, que dis-je, un gouffre dans lequel se perd le soupçon d'estime que nous avons devant l'accomplissement de l'oeuvre de notre vie. Vous cherchez le centre de l'univers? Eh bien allez dans une salle de concert, vous en trouverez plusieurs. Et à chaque fois que vous y mettrez les pieds, vous découvrirez que les précédents n'étaient que des charlatans comparés aux nouveaux. Mais ne vous tracassez pas pour eux si vous vous jugez inaptes à faire faire un choix entre les différentes présentations, chaque chef d'orchestre se chargera de vous faire comprendre que le nombril de l'univers, c'est lui.
dimanche 23 octobre 2005