De l’esprit religieux et belliqueux

 

Ils vont brûler des cathédrales

 

Quelques caricatures peuvent attiser de nombreuses braises et enflammer une religion. Le pouvoir de l’image et du dessin est parfois sous-estimé. Tout dépend de celui qui en fait l’interprétation. Un peu comme en chimie, le catalyseur ; l’élément ou l’ingrédient qui accélère, actionne ou active le processus de transformation.

« Le poids des mots, le choc des photos » est le slogan publicitaire d’un magazine bien connu. Les termes sont bien choisis, le choc peut être interprété de différentes façons.

Pourquoi un tel tollé pour de simples caricatures ? Pourquoi tant de haine polarisée, orientée et canalisée vers l’occident. Au nom d’Allah les infidèles et blasphémateurs doivent être punis. D’un coup, le monde est choqué et réagit aux images. Certains hauts dignitaires musulmans s’indignent et exigent des excuses de la part des autorités danoises. C’est leur droit ! Ils sont choqués et blessés dans leur humilité religieuse. Un mot d’excuse bien placé, un geste d’humilité et de compréhension aurait peut-être suffi à calmer les esprits … peut-être pas, vu le déchaînement de haine différé qui a été attisé par les fanatiques radicaux.

Rassemblements de protestation contre un pays. L’Union Européenne toute entière est prise pour cible. On brûle des ambassades, on déplore des morts … L’occident, à son tour, est choqué par la tournure des événements, par les réactions disproportionnées du monde musulman, ou plutôt d’une partie radicalement fanatique de ce monde religieux. Quelle interprétation violente de l’Islam, indigne d’un monde civilisé.

Mais réfléchissons un peu et posons nous certaines questions. Le christianisme, religion d’amour, a-t-il toujours été doux et tendre avec les ouailles du Seigneur ? L’Eglise a-t-elle toujours tendu la joue droite après avoir été giflée à gauche ?

Faisons un bond de quelques centaines d’années dans le passé. Les croisades ont bel et bien été organisées par l’Eglise catholique pour libérer la Terre Sainte des sarrasins. Il ne s’agissait, dans ce cas précis, nullement de voyages organisés, d’agrément et de détente à visée récréative et estivale, mais de réelles expéditions exterminatrices. Contrairement aux vacances modernes, les seuls bains pris dans ces pays de villégiatures, furent des bains de sang réservés, à de rares exceptions près, plutôt aux autochtones qu’aux « estivants ». Alors que de nos jours, dans certains pays ce sont surtout les vacanciers qui trinquent. Evangélisation et conversions religieuses ne sont donc pas une invention de l’Islam ou des imams radicaux.

Prenons un autre exemple de tolérance chrétienne moyenâgeuse : la Sainte Inquisition et la chasse aux sorcières. Bel exemple d’amour du prochain ! Un amour littéralement consumé sur le bûcher de Dieu. Un rayonnement de chaleur humaine embrasé par une interprétation très libre des Saintes Ecritures.

A cette époque, la liberté d’expression était réservée à l’autorité ecclésiastique. Les libres-penseurs pouvaient certes penser librement, mais ils devaient se garder d’exprimer en mots le fond de leur pensée, au risque de devoir panser leurs maux au fond d’une prison bien gardée ou de partir en fumée l’âme libérée.

Bref, au moyen âge, on brûlait les sorcières, de nos jours on brûle des ambassades … les mœurs ont évolués. Le fanatisme devient inventif.

L’histoire se répète donc encore et encore. Les acteurs ont de nouveau changé de costumes et les spectateurs, amnésiques, assistent impuissants au spectacle en se posant des questions auxquelles ils refusent l’évidence des réponses. Ne changerons-nous donc jamais ?


Mais si l’histoire se répète, le temps passe et les temps changent. Nous évoluons en technologie et en pensée. Notre esprit se libère et s’ouvre aux autres cultures. La tolérance fait son apparition dans un monde évolutif. Donc, nous changeons ! Alors ne laissons pas cette lueur d’espoir, cette timide braise de liberté se faire étouffer par le noir manteau de l’obscurantisme dont notre société occidentale a mis des siècles à se débarrasser. La liberté d’expression ne doit pas succomber à la liberté d’oppression. Evoluons avec l’évolution et ne tolérons pas l’obscurantisme et l’oppression: ne tolérons pas l’intolérance.



 

lundi 20 février 2006

 
 
Créé sur un Mac

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